Provoc ou pas provoc en plein débat sur l'identité nationale ?Ilham, candidate NPA voilée, Besancenot silencieux
Une jeune femme portant le foulard se présente dans le Vaucluse, une décision critiquée à gauche comme à droite. Le parti d'extrême-gauche se retranche derrière "un choix local".
Elle est étudiante, porte un foulard sur la tête, et est trésorière départementale de son parti. Immédiatement, l'annonce de cette candidature provoque de nombreuses réactions sur le net, certains dénonçant la démagogie de la démarche, d'autres la provocation de ce mouvement d'extrême-gauche. La Ligue du droit international des femmes (LDIF), créée en 1983 par des militantes MLF, exprime immédiatement "son indignation" et dénonce "le double langage" du parti trotskiste. "D'un côté, il se revendique comme le parti des opprimés mais de l'autre, il adhère à un symbole, le voile islamique, qui sous toutes les latitudes signifie ségrégation entre les sexes, invisibilité du corps des femmes dans l'espace public, statut de second rang pour les femmes", affirme-t-elle.
Cette accusation de double langage, les responsables du NPA l'ont sûrement anticipée sans parvenir pourtant à la dissiper mercredi soir. Contacté dans la matinée par TF1 News, l'un des membres du comité exécutif du parti, Guillaume Liégard, explique que « cette décision a été prise localement, au niveau départemental, pas les militants du Vaucluse. Notre formation n'a pas de position nationale sur un sujet qui n'a pas encore été débattu dans nos instances, ce sera le cas à l'automne lors du congrès. Et puis il ne s'agit que d'une candidate sur mille... ». Mais le coup médiatique est parti. Au même moment, Olivier Besancenot, Alain Krivine et ses proches rédigent un communiqué rectificatif après l'article du Figaro. Le porte-parole du NPA n'est pas du tout satisfait d'une expression rapportée par le quotidien et qui lui est attribuée : une femme peut être « féministe, laïque et voilée ».
Aubry : « je n'aurais pas accepté »
Considérant que ce sont « propos caricaturés », il préfère souligner que « la foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés », ajoutant qu'« Ilham est la preuve qu'on peut être au NPA et porter le voile ». Mais lui qui est généralement si prompt à réagir dans les médias ne s'exprimera pas de la journée sur cette affaire. Pas plus que son mentor Alain Krivine qui confiera à TF1 news que « c'est un débat interne au NPA. Je rappelle juste qu'à la LCR, il y avait déjà des prêtres ouvriers et que l'on peut être croyant et révolutionnaire ». Les dires des uns et des autres montrent qu'un débat sans doute sérieux agite la formation trotskiste mais elle n'a pas l'habitude d'étaler ses divergences au grand jour.
C'est mercredi en fin d'après-midi que la jeune femme d'Avignon rencontre pour la première fois la presse. "Je suis une citoyenne comme toutes les autres. Je suis féministe et voilée », affirme-t-elle, le ton décidé et posé. Et de souligner d'emblée qu'elle veut porter « la voix des quartiers populaires », parlant « licenciement, climat, et féminisme ». "Nous sommes étonnés du feu médiatique déclenché par cette affaire", s'étonne pour sa part Pierre Godard, tête de liste du NPA dans les Bouches-du-Rhône, soulignant que plus de 400 prêtres avaient siégé à l'Assemblée depuis le début de la République "dont un, l'Abbé Pierre, venait en soutane". "Porter un voile et porter une burqa, cela n'a rien à voir, affirme-t-il. "Je ne veux pas que cette fille sorte broyée de l'aventure. C'est très dur pour elle", explique-t-il.
Une jeune femme instrumentalisée par un NPA désireux de toucher un nouvel électorat ? La tête de liste communiste en Ile-de-France Pierre Laurent l'insinue dans sa réaction au site de Marianne. « Les militantes féministes ont dû voir leurs cheveux se dresser sur leurs têtes. Je ne veux pas me mêler des affaires internes du NPA, mais elles ont sans doute du être désarçonnées par ce type d'utilisation... » Martine Aubry, elle, se veut ferme. "Je n'aurais pas accepté que sur les listes socialistes, il puisse y avoir une femme voilée" parce que "c'est une annonce d'une religion qui doit rester du domaine privé et qui ne doit pas rentrer dans le champ de la République", déclare-t-elle au Grand Journal de Canal+. La députée UMP Chantal Brunel parle, elle, de « provocation ». En plein débat sur le voile intégral, à quelle logique répond la décision de présenter cette jeune femme ? Les réponses d'Olivier Besancenot sont, à coup sûr, très attendues. Mais le souhait de ne pas transformer cette candidature en "effet d'affichage national", comme l'explique le parti, est totalement loupé. Volontairement ?
Cette décision ne va-t-telle pas renforcer le Front National ?

