Moi avant le barrage c'était ça
C'est cool un barrage.
Confrontation en deux manches avec but à l'extérieur, genre 8ème de champions League, pendant que les qualifiés pour la prochaine coupe du Monde sont déjà sur les pistes de danse pour réviser les standards de la fornication en public sous couvert de "non mais c'est de la samba", le barrage est l'échéance décisive que tous les médias français espéraient.
La pression monte progressivement, on parle beaucoup de football depuis 15 jours un peu partout. On fait, on refait, on défait cette équipe et on se lance dans des débats dont les autres nations qualifiées se privent hélas. Envoyés spéciaux à Clairefontaine dès sept heures du mat' "En fait on ne sait toujours pas si les gants de Lloris vont pouvoir supporter le froid mais certains journalistes étaient d'accord pour dire cette nuit qu'un rembourage sera sans doute nécessaire"... Merci Jean Baptiste et couvrez vous bien en attendant le prochain point dans une demi heure. C'est vrai qu'il fait froid en ce moment Franck Sauzée. Vous qui avez connu des barrages, que faut-il manger au petit déjeuner avant un tel match ?
Reste le plus important, le match. Cet Ukraine-France renvoie forcémment à des tournants dramatiques pour notre sélection. Kostadinov, Henry, et puis donc, je vous l'annonce, BENZEMA. Match en Ukraine insipide, purge, une équipe de france qui butte sur une muraille jaune, deux équipes tétanisées par le froid, un Giroud critiqué (Tu vois bien que c'est pas un finisseur Gégé, enfin bordel ! C'est un piquet ce mec. Ce qu'il nous faut en France c'est un joueur qui n'en veut, un joueur comme... )
Comme Benzema !
Au pied du mur, Deschamps n'a plus qu'à imposer son choix de coeur à toute une nation qui attend un nouveau prophète. En réalité, Dédé avait dans sa tête l'idée d'aligner Karim Benzema dès le match aller, mais il ne faut pas choisir Karim Benzema, il faut que la France se l'impose à elle même. Il a donc tendu une sorte de piège à Giroud et aux français avec en ligne de mire le match retour et la nécessité de faire revenir Benzema dans le 11. Et tout le monde se la ferme enfin en attendant le geste du destin.
1. Le geste du destin c'est le but du 3-1 d'un banal tir croisé dans la surface, avec un ballon qui roule doucement vers le but en sautillant sur les mottes de terre avant qu'un défenseur ukrainien ne vienne tacler la balle dans son propre camp. Nous jouons la 82ème, Benzema se lance vers ses coéquipiers, effectue sobrement son tir de la mitraillette en guise de célèbration. Nous somme sauvés, et Kostadinov n'y pourra rien cette fois çi. La France sera au Brésil. Au coup de sifflet final, Deschamps enlasse celui en qui il a toujours cru et la France paie sa dette à Karim. Au petit matin, aux micros trottoirs, les gens sont honteux: "C'est le buteur dont la France a besoin pour aller au Brésil, ca fait longtemps que je le dis".
2. Le geste du destin c'est ce malheureux doigt d'honneur adressé au public pourri du stade de France qui siffle copieusement l'attaquant depuis la 70ème minute et cette action individuelle dans la surface qui, avec une passe au bon moment pour Valbuena aurait pu permettre de revenir à 2-1. C'est à dire avec encore 2 buts à marquer. C'est dire si Benzema avait le sorte de l'équipe de France dans ses pieds. Au lieu de ça, il est allé s'empaller sur le gardien urkrainien (personne ne parlera de la sortie ambitieuse du gardien dans les pieds de Benzema et parfaitement exécutée) et donc le public siffle. Jusqu'à ce doigt d'honneur magistral qui vient d'achever Duluc, Larqué et les 75000 "supporters" du stade de France. Tentative d'envahissement de terrain, stadiers qui retiennent les joueurs qui sont au bord de la baston générale. On ne pouvait pas faire pire que Knysna. Voilà, c'était un France-Ukraine, la France est éliminée et Hollande vient de se trouver un peu de répit dans les médias pour quelques semaines.
Maintenant c'est :
Ca sera toujours difficile de créer quelque chose avec cette équipe à raison de 5 jours de rassemblement tous les 2 mois. Jacquet avait choisi, je crois, des duos ou trios de club (Blanc-Barthez, Zidane-Deschamps, Zidane-Duga-Liza, Henry-Trezeguet...) l'Espagne s'appuie sur 2 clubs, l'Ukraine sur 3, on doit pouvoir trouver d'autres exemples.
Un sélectionneur ca sélectionne, ca juge la forme du moment, mais tu n'apprends à des types à jouer ensemble en 5 jours tous les 2 mois. Il faut que le travail soit pré-maché.
Le jeu sans ballon. A se pendre sérieux. En première mi temps je crois, Nasri amorce un 4 contre 2 très net et court sur 10 mètres environ. Devant lui, sur la même ligne et dans l'ordre de gauche à droite, Ribery, un défenseur, Giroud, un défenseur, Remy. Et nos 3 attaquants font le même appel en allant dans la même direction. A se pendre je vous dis.
Remy en première mi temps, il a du faire 6-7 bonnes minutes quand même et puis après, il croque tout. Systématiquement rattrapé, taclé, battu, enfermé.
Le désastre n'était pas aussi prévisible. D'ailleurs le score est plus mauvais que le match de l'équipe de France. Si offensivement il n'y a rien eu, Matuidi et Pogba tenait bien l'entrejeu et Koscielny a dégagé beaucoup d'assurance jusqu'à ces deux buts et ce geste stupide. A pas grand chose, on a un penalty sifflé pour nous sur Giroud, a pas grand chose on a un autre penalty pour l'Ukraine, a pas grand chose l'Ukrainien tirait sur la barre. A pas grand chose le match retour était autre chose.
Et comme à chaque fois j'ai regardé le match et comme un con je vais regarder mardi soir en souhaitant l'impossible. C'est triste à dire et c'est triste à voir mais il faut imaginer le Brésil sans cette équipe. En 2002, j'étais sur mon vélo en sortant de la piscine, j'avais 17 ans. On était déjà là, avec les copains, à parler des publicités, du pognon, du manque d'envie. En 2013 on en est toujours au même point et pourtant j'ai presque toujours regardé les matchs et espéré en me disant que, sacrebleu, à un moment ces mecs ont du talent, ca ne peut pas être tout le temps aussi moche, aussi perso.
A un moment, le coach n'y peut plus rien, tu fais une passe, tu te déplaces, tu vas dans le trou, un autre gars va dans un autre trou, un autre revient vers toi. Le terrain est tout petit avec cette équipe de France. Personne pour étirer le jeu. Dramatique je vous dis.